Pourquoi philosopher à l’école maternelle, emmener un petit enfant vers la pensée, alors que ce n’est pas si simple pour nous, adultes ? Sans doute parce que l’enfant a du talent pour cela, et que nous pouvons l’accompagner à découvrir la liberté en explorant avec lui la faculté à raisonner et à réfléchir. Comment inculquer la philosophie à des enfants ?
Philosophie à l’école maternelle : comment ça se passe ?
Dans une classe de moyenne section, le ou la professeur des écoles forme un cercle par terre avec un petit groupe d’écolier. Ainsi, l’adulte ne domine pas par sa hauteur. Il allume ensuite une bougie pour signifier que le moment particulier de philosophie commence puis il laisse les élèves s’animer, bouger (car penser est aussi « très physique » : les mouvements ainsi libérés laissent la réflexion libre).
C’est alors qu’il rappelle quelques principes essentiels à respecter tous ensemble (J. Quenault, professeur des écoles) :
- chacun peut prendre la parole ;
- chacun écoute celui qui parle ;
- il n’y a pas « de bonne ou mauvaise réponse » ;
- on ne se moque pas.
Puis une histoire autour des cauchemars et des rêves effrayants, par exemple, est racontée, et l’adulte crée un questionnement :
- Pourquoi les héros ont-ils peur ?
- Et vous, avez-vous peur parfois ? De quoi ? De qui ? Pourquoi ?
- « Pourquoi avez-vous peur alors que ça n’existe pas ? »
D’autres histoires explorent l’amitié, l’amour, la séparation, la jalousie, la mort, le deuil, les interdits, la guerre, Dieu, etc.
Quelle est la démarche de l’adulte aux cotés des enfants ?
« Toute la démarche consiste à laisser l’enfant être un individu à part entière, à lui faire confiance dans sa capacité à penser par lui-même » (J. Quenault).
Le professeur désire avoir une attitude juste envers ses élèves, de leur parler avec des mots simples pour :
- qu’ils puissent réfléchir ;
- les écouter dans le respect et la bienveillance de leur être ;
- reformuler leur propos avec d’autres mots ;
- animer et alimenter l’échange ;
- ne pas imposer ses idées.
Les très jeunes enfants posent des questions directes et pas « confortables » pour l’adulte : l’homosexualité, la malhonnêteté, le mensonge, la violence et l’agressivité des grandes personnes, les religions.
Aussi, la place de l’adulte est de ne rien occulter, mais de savoir être présent pour « accueillir les émotions » vives des enfants. L’atelier de philosophie est comme un cheminement. Les ateliers sont organisés « comme une montée » pour que les enfants se découvrent capables de réfléchir et développent leur langage, leur réflexion.
Philosopher, pour laisser la violence à distance
« Une élaboration de l’être » (L. Lemoine) : « L’atelier philo est un merveilleux apprentissage des intelligences émotionnelles et relationnelles. L’enfant explore ce qu’il ressent, l’exprime, accueille l’émotion de l’autre… Il découvre l’accord et le désaccord » (C.Blondel, G. Baldassari, et N. Petit). La philosophie apprend à grandir avec les autres dans le respect de chacun.
On remarque que les ateliers philo diffèrent, voire évitent, les séances chez un psychologue, car l’enfant trouve là dans la philosophie, un parcours, la possibilité de réfléchir, de questionner, sur lui-même, les autres, le monde, avec un adulte attentif et empathique, dans un groupe respectueux. Philosopher métamorphose la manière d’être de l’enfant.
En août 2009, une étude scientifique, CLIC/LANCI/UQAM (prévention de la violence et philosophie pour enfants), montre que « la parole remplace les gestes violents dans les écoles où l’on pratique la philosophie ». En novembre 2009, l’Université du Québec à Montréal montre qu’un enfant est plus en confiance lorsqu’il vit des ateliers de parole, et présente moins de brutalité. D’ailleurs, l’UNESCO, en 1999, conseille la philosophie dès la classe de maternelle.
Sites et livres à l’intention des petits penseurs et de leur famille
« La pensée est une pratique, pas une révélation » (C. Blondel, G. Baldassari et N. Petit) qui n’exige ni résultat ni performance.
Prendre plaisir à discuter avec son enfant à propos de questions qui n’ont pas forcément de réponses (là, l’essentiel est juste la disponibilité à l’échange avec l’enfant dans une présence attentive et aimante) contacte la créativité de tous, et mobilise chez les parents un désir d’accompagnement et de transmission.
La philosophie permet de ne pas « s’enfermer dans un seul regard » (N. Prieur) et de cultiver une infinité de paysages qui conduisent l’enfant vers son autonomie et son indépendance.